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Pesticides: un débat légitime en manque d’objectivité



Pascal Thériault, vice-président de l'Ordre des agronomes

Comme universitaire et agronome, je me dois de réagir au reportage de samedi publié dans LaPresse+ et à la chronique de Marie-Claude Lortie portant sur les agriculteurs affectés par des maladies. Je suis très sensible aux problèmes de santé des agriculteurs. Je salue l’initiative du gouvernement dans sa volonté de revoir la liste des maladies professionnelles.

J’ai toujours été favorable à la libre expression des scientifiques qui apportent un éclairage sur les enjeux de société. Par ailleurs, je crois qu’il est essentiel que la recherche publique ait les moyens de produire des résultats aussi solides que celle privée. Une cohabitation est possible et nécessaire. Elle doit se faire à armes égales. L’Ordre des agronomes du Québec (OAQ), mon ordre professionnel, le pense aussi.

Les pesticides font partie de la sphère scientifique, mais nous sommes plongés dans un débat de perception hautement émotif. Il est cependant légitime que le public s’interroge sur l’utilisation des pesticides. Ce sont des produits toxiques, des poisons. Tout comme les médicaments, ils ne sont toutefois pas inutiles. Les pesticides peuvent faire une différence pour protéger des cultures, s’ils sont adéquatement utilisés. J’entends d’ici les protestations mais, je me dois de « me mouiller » car beaucoup d’inexactitudes sont véhiculées.

Les agronomes savent qu’il est généralement possible de cultiver en réduisant les pesticides, même sur de grandes superficies, voire de ne pas en utiliser. Il faut aussi savoir que l’agriculture biologique utilise certains pesticides, ici comme en Europe. À ce chapitre, pour cultiver biologique, il convient de mettre en œuvre les meilleures pratiques: rotation des cultures, respect des bandes riveraines, utilisation d’engrais verts, techniques de travail ne dégradant pas les sols et l’environnement, etc. Ces pratiques sont-elles toujours suivies?

Mon quotidien consiste à former la prochaine génération de producteurs agricoles. À travers le cursus, ils apprennent comment appliquer les meilleures pratiques avec un soucis de développement durable en s’entourant d’agronomes, de technologues professionnels, d’ingénieurs, de vétérinaires, de comptables. Ils sont bien au fait des changements exigés par la société et y adhèrent totalement. Il est d’ailleurs dommage que nous ne soulignions jamais leurs bons coups, au nom du prochain gros titre médiatique. Les statistiques montrent que les ventes d’atrazine, un pesticide hautement toxique, ont diminué de 40% depuis la mise en place initiale du règlement en 2018, et ce, malgré le fait qu’on ne peut le remplacer par autre chose pour le maïs sucré. Que le sous-ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) n’ait pas pris la peine de le souligner fin mai dernier en commission parlementaire est une insulte au secteur agroalimentaire. Au fait, notons que les livraisons de fertilisants sont en baisse au Québec, comparativement à l’Ontario et au Manitoba, deux importantes provinces en production agricole.

Certes, tout n’est pas parfait. Nous avons le droit et le devoir de nous interroger sur le fait que 15 agronomes sur 127 aient justifié et prescrit 50% des prescriptions d’atrazine, et non pas l’ensemble des pesticides sur la liste réglementée! Ne les jetons pas en pâture. Attendons que le MELCC nous envoie l’information pertinente et détaillée que seul lui détient. Ensuite, laissons l’OAQ faire son travail avant de tirer des jugements hâtifs et dommageables. S’il devait y avoir faute, des mesures seront prises par l’Ordre qui n’hésitera pas à faire le nécessaire pour protéger le public.

L’indépendance professionnelle est essentielle au fonctionnement de notre système professionnel. Ce dossier constitue LA priorité de l’OAQ. Il a trop longtemps été relégué aux oubliettes. Toutefois, depuis 2017, plusieurs actions qui n’ont pas nécessairement fait la manchette, ont été entreprises et sont en cours afin de mettre en œuvre une solution réfléchie renforçant l’indépendance professionnelle des agronomes en industrie. Si nous retrouvons d’autres professionnels dans une situation semblable: les vétérinaires qui posent des diagnostics et vendent les médicaments, les optométristes qui travaillent en proximité avec les opticiens et, cette semaine, le projet d’élargir les actes des pharmaciens pour prescrire et administrer les vaccins, l’Ordre arrivera résolument à implanter une solution dissipant tout doute.

Il va sans dire que le gouvernement doit remettre à l’ordre du jour la modernisation de la Loi sur les agronomes, mise au rancart plusieurs fois en six ans, afin d’outiller l’OAQ et ses membres pour qu’ils puissent travailler adéquatement.

 

Pascal Thériault, agronome, économiste, M. Sc.

Enseignant à l’Université McGill.

L’auteur est aussi vice-président de l’Ordre des agronomes du Québec.